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ABBAYE SAINT-THÉOFRÈDE

Communément appelée Saint-Chaffre

Place de l' Abbatiale
43150 ~ Le Monastier sur Gazeille
 

DATES ET HORAIRES DES VISITES
___

Ouverte toute l'année de 9h00 à 18h00.
Informations04 71 08 37 76

 

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Imposante église de la célèbre abbaye Saint-Théofrède, plus communément appelée Saint-Chaffre, abbatiale du XIème siècle, remaniée jusqu'au XVème siècle. Magnifique façade, buffet d'orgue. Sachant que cette puissante abbaye a possédé au Moyen-âge jusqu’à une soixantaine de dépendances en Vivarais, parmi lesquelles nous sont parvenues des églises telles que Thines, Saint-Julien-du-Serre ou Notre-Dame de Prévenchères à Montpezat.

 


 

HISTOIRE

De la légende à l’histoire...

Faute de sources fiables, les circonstances de la fondation de l’abbaye et les évènements survenus au début de son existence restent très mal connus. En revanche, les récits légendaires ont fleuri abondamment au cours des siècles. Il y est toujours question de trois personnages principaux. Le premier serait un certain Calmin, personnage important de l’aristocratie gallo-romaine du Vème siècle, contemporain et ami, dit-on, de Sidoine Apollinaire et quelquefois qualifié de duc d’Aquitaine ; ce serait le fondateur du monastère de Calmel, premier nom du Monastier. Ensuite, on trouve Eudes, que Calmel serait allé recruter au monastère des Iles de Lérins avec quelques-uns de ses compagnons et dont il aurait fait le premier abbé de son nouveau monastère de Calmel. Enfin apparaît Théofrède, neveu et successeur de Eudes à la tête de l’abbaye.

Mais, comme il est dit dans L’abbaye Saint-Chaffre du Monastier, quinze siècles d’histoire, pour légitimer l’existence de toute abbaye, il fallait marquer cette naissance d’un signe fort : la mort de l’abbé Théofrède, attribuée aux Sarrasins par les uns, à des païens idolâtres pour les autres, restera gravée profondément dans l’histoire de l’abbaye. Saint-Théofrède, devenu martyr de l’abbaye de Calmel, s’en suivit la vénération de cet illustre personnage sur ce lieu sanctifié du martyre. Si l'on oublie la légende, que nous dit l’Histoire pour cette époque reculée ? Malheureusement pas grand-chose. Nous lisons dans l’ouvrage cité ci-dessus : le personnage de Calmin, s’il semble bien avoir existé, ne saurait figurer parmi les fondateurs de l’abbaye.

Une confusion entre deux noms homophones : Calmelius et Calminius pourrait être à l’origine de la falsification historique. Si l’existence de Eudes est bien attestée vers 675 à Calmel, une méprise avec un autre Eudes de Lérins qui ne serait pas contemporain du premier semble probable. Quant à saint Théofrède lui-même, son existence est bien confirmée selon des sources relatives à la vie des martyrs. Mais son trépas n’est en rien le fait de Sarrasins. Il semble bien que les faits antérieurs à 851 doivent être interprétés avec la plus grande prudence.

L’expansion

À la suite de l’époque mérovingienne qui vit naître et se développer de nombreuses abbayes, la dynastie carolingienne allait favoriser leur essor et préserver leur immunité face aux évêques. C’est en 810, avec l’arrivée de l’abbé Ductran à sa tête, que le destin de Saint-Chaffre, jusque là incertain, devint plus assuré. Le nouvel abbé, qui devint par la suite évêque du Puy, y imposa tout de suite son autorité, en rétablissant notamment la règle de saint Benoît et c’est à cette époque que commença l’expansion de l’abbaye qui reçut ses premières donations de terres, notamment en Vivarais. Au début du Xème siècle, l’abbé Gotescalc, qui allait devenir lui aussi évêque du Puy, passa dans l’Histoire comme ayant été l’un des tous premiers pèlerins vers Saint-Jacques de Compostelle. L’expansion chaffrienne se poursuivit durant ce siècle, dans le Velay d’abord où était notamment fondé un monastère à Chamalières, puis jusqu’à la vallée du Rhône.

L’abbé Vulfade entreprit la construction d’une nouvelle et majestueuse église abbatiale à la gloire de saint Théofrède et de saint Martin qui se termina à la fin du Xème siècle, tandis qu’un autre sanctuaire destiné au service paroissial, l’église Saint-Fortunat, fut édifié à côté ; il fut détruit au XIXème siècle. L’expansion se poursuivit sous Guigues II, avec notamment la donation, pour quelques années seulement, du monastère Saint-Victor de Marseille et, en 998, celle du prieuré de Langogne, donation faite par Étienne, vicomte du Gévaudan et accompagnée d’un très vaste territoire comprenant de nombreuses églises en Vivarais : Faugères, Payzac, Saint-Sébastien de Concoules... L’expansion s’étendit même au-delà des Alpes, jusqu’au diocèse de Turin.

L'Apogée

Durant la deuxième moitié du XIème et du XIIème siècles, l’abbaye, devenue riche et puissante, était à son apogée. Sous l’abbatiat de Guillaume III (1074-1086) fut entreprise la construction d’une nouvelle église abbatiale, la précédente, celle de Vulfade, s’étant trouvée prématurément fragilisée. Au cours du long abbatiat de Guillaume IV (1086-1136), l’abbaye connut sa période la plus faste ; elle compta une centaine de moines et exerça son influence sur plus de quinze diocèses. Une bulle du pape Alexandre III de 1179 lui confirma 235 possessions dont 35 en Velay et une soixantaine en Vivarais.

Une époque difficile, suivie d’une renaissance

Au XIIIème siècle, la période d’expansion fut terminée. Aux siècles suivants, le pays fut en proie aux ravages dus à la guerre de Cent Ans et notamment aux pillages et dévastations perpétrés par les Grandes Compagnies. En 1361, l’abbaye fut dévastée par les "routiers" et s’entoura ensuite de solides remparts, tandis que l’abbé Jacques de Caussans (1360-1370) fit construire un château fort pour sa protection personnelle.

Très affaiblie, l’abbaye allait connaître une véritable renaissance, suivie d’une nouvelle période faste grâce à l’action énergique de plusieurs abbés. Victor Hérailh d’abord (1484-1493), premier abbé commendataire, fit entreprendre d’importants travaux, à la suite, semble-t-il, de dégâts causés par une secousse sismique ; on lui attribua la restauration des voûtes des chapelles, du déambulatoire et du chœur. Ensuite, c’est François d’Estaing, issu d’une famille noble du Rouergue, qui fut nommé abbé de Saint-Chaffre par bulle papale en 1493. Il poursuivit les travaux de restauration ; on lui attribue aussi l’escalier devant l’église, ainsi qu’un magnifique jubé depuis disparu. En 1504 lui succéda Gaspard de Tournon, auquel on doit la restauration des voûtes gothiques et, en 1518, la construction de l’orgue qui est actuellement un des plus anciens d’Europe et a été restauré en 1980.

Par la suite et pendant plus de 150 ans, Saint-Chaffre fut dirigée par la dynastie des Sénecterre, puissante famille du Velay, également présente à La Chaise-Dieu et à l’évêché du Puy. C’est cette famille qui fit ajouter dans le chevet de l’abbatiale une cinquième chapelle rayonnante couverte d’une voûte à caissons de style Renaissance. Les bâtiments conventuels furent restaurés au XVIIIème siècle sous l’abbatiat du cardinal de Castries.


Les derniers jours de l’abbaye

Le dernier abbé, Lefranc de Pompignan, demanda au pape le rattachement de Saint-Chaffre à l’archevêché de Vienne, malgré les protestations véhémentes des moines et de la population du Monastier qui lui intentèrent un procès devant le parlement de Toulouse. Le rattachement eut quand même lieu et l’abbé devint ainsi archevêque de Vienne. Par souci d’économie, il fit raser les tours du château abbatial. En 1768, il restait 21 moines au Monastier. À la Révolution, les biens furent dispersés et vendus comme biens nationaux.

ARCHITECTURE

Extérieur

- L’imposant chevet contraste entre ses deux niveaux de construction ; la partie inférieure, en pierre volcanique sombre, qui correspond au déambulatoire et aux chapelles rayonnantes, est dominée par une abside de grande élévation construite en arkose de Blavozy très claire, soigneusement appareillée. En arkose aussi, des arcs-boutants soutenant la partie haute s’appuient sur d’énormes contreforts décorés d’armoiries. Deux époques de construction sont ici évidentes.
On remarque une petite abside plaquée sur le bras sud du transept, dont le décor apparaît très usé ; c’est la partie la plus ancienne de l’église qui a échappé aux dégradations et nombreuses reconstructions que celle-ci a connues.

- Le grand mur méridional, en pierres volcaniques polychromes, renforcé par de puissants contreforts, est une des parties les plus anciennes de l’édifice. Il est percé de trois baies dont les arcs en plein cintre moulurés retombent sur des colonnettes aux chapiteaux sculptés. L’un de ces chapiteaux représente une sirène "bifide". Le portail qui s’ouvre dans ce mur, avec linteau en bâtière, est également surmonté d’un arc en plein cintre s’appuyant sur deux colonnettes dont les chapiteaux sont ornés d’entrelacs. On remarque que le mur a été surélevé d’environ 2,50 mètres, certainement au moment où l’abbaye fut fortifiée. Un chemin de ronde faisait le tour de l’abbatiale.

Parfaitement conservée malgré quelques remaniements, la grande façade occidentale reste un chef d’œuvre de l’art roman auvergnat. Remarquable par son décor de pierres polychromes formant de véritables mosaïques, renforcée de solides contreforts, elle est séparée horizontalement en deux niveaux, celui du haut en léger retrait se terminant par un fronton triangulaire. Au centre de la partie inférieure, sous un porche en plein cintre, s’ouvre le portail dont l’arc est encadré de trois voussures à section carrée, ornées de boudins engagés, reposant sur des colonnes aux chapiteaux sculptés. À la partie supérieure, la grande fenêtre centrale offre une décoration d’une particulière richesse ; son arc en plein cintre forme plusieurs voussures à la très belle polychromie, encadrées par une archivolte décorée d’une suite de motifs sculptés les plus divers ; deux élégantes colonnettes aux chapiteaux très finement sculptés complètent l’ensemble.
L’ornement et l’originalité de cette façade reposent donc d’abord sur sa polychromie, présente partout, avec les claveaux de couleurs variées de tous les arcs et les véritables mosaïques de pierre de la partie supérieure. Mais cette façade est riche aussi d’une profusion de motifs sculptés les plus divers, personnages, animaux plus ou moins monstrueux, végétaux, etc. Une grande frise court au-dessous du toit et nous venons de voir qu’une autre décore l’archivolte de la fenêtre centrale. Des animaux sont accroupis sur les contreforts, enfin il faut citer une représentation de la pesée des âmes, malheureusement assez dégradée, sculptée sur le contrefort gauche. Et nous ne saurions oublier le célèbre "chiaïre", homme nu accroupi au-dessus de la fenêtre centrale, d’ailleurs très dégradé, et dont notre guide nous fait remarquer qu’on ignore totalement ce que pouvait représenter ce sujet à l’origine, lorsqu’il était intact.

Intérieur

Dès l’entrée, on est frappé par les vastes dimensions de cet édifice et surtout, peut-être, par sa structure élancée due à la hauteur à laquelle culminent les voûtes. Pour l’essentiel, le plan de l’église romane semble avoir été respecté malgré de nombreux travaux de restauration et de reconstruction. L’abbatiale se compose actuellement d’une nef encadrée de deux collatéraux, d’un transept et d’une abside avec déambulatoire sur lequel s’ouvrent cinq chapelles rayonnantes.
On remarque le collatéral sud couvert d’une suite de voûtes d’arêtes séparées par des arcs doubleaux en plein cintre. On distingue, sur le bras droit du transept, la petite abside qui est considérée comme la partie la plus ancienne de l’édifice. Les vitraux contemporains qui ornent le collatéral sud ont été réalisés après 1945. Au fond de ce bas-côté a été placé un remarquable sarcophage de style roman (XIIIème siècle), posé sur deux colonnettes aux chapiteaux historiés ; ses faces sont sculptées, représentant une crucifixion au pied, une crosse sur la face latérale visible et le dessous même est décoré de rinceaux, palmettes et entrelacs.

En ce qui concerne le mobilier, outre une très belle chaire sculptée datée de 1857, il faut surtout retenir l’orgue, actuellement placé en face de la porte méridionale. À l’origine, il se trouvait dans une des chapelles ouvrant sur le déambulatoire, car il jouait le rôle d’orgue de chœur, accompagnant le chant des moines assemblés dans le bras sud du transept. C’est un des plus anciens d’Europe, datant de 1518, restauré en 1980. Le buffet est très bien conservé, avec sa décoration colorée de fleurettes et miniatures. Sur la poutre supérieure de la tribune qui le supporte, on peut lire l’inscription latine "Post obitum benefacta manent aeternaque virtus" (Après la mort, les bienfaits restent, ainsi que leur éternel mérite).

LE TRÉSOR

Actuellement conservé dans l’ancienne sacristie, belle salle couverte de voûtes d’arêtes, il se compose de nombreuses pièces rares, dont certaines constituaient déjà le trésor de l’abbaye sous Guillaume III et ont traversé miraculeusement les siècles. Au fond de la pièce, un tombeau en "enfeu" avec gisant date du XIIIème ou XIVème siècles ; le personnage représenté est un ecclésiastique revêtu des ses ornements, mais on en ignore l’identité ; un animal, chien ou lion, est placé à ses pieds. La pièce majeure de ce trésor est sans conteste le buste reliquaire de saint Chaffre, daté du XIème siècle, en bois recouvert de feuilles d’argent et d’or travaillées au repoussoir et orné de cabochons de verre. Sont également très précieux, de par leur rareté, des fragments de soieries aux couleurs vives, sans doute rapportées d’Orient par les croisés, qui recouvraient des reliques.

Deux tableaux sur bois de la fin du XVème siècle, placés de part et d’autre du gisant, sont les seuls rescapés d’un ensemble de vingt-huit commandés par l’abbé François d’Estaing, représentant la vie et le martyre de saint Théofrède ; les autres ont disparu à la Révolution. Plusieurs autres peintures sur bois, également du XVème siècle, dont la pietà de Vital Erailh, méritent aussi l’attention. Parmi toutes ces richesses, il faut citer une collection rare de chasubles richement ornées conservées dans un chasublier à éventails de la fin du XVIIIème siècle, une pietà en pierre polychrome, fin XVème siècle, un christ en bois du XIVème siècle provenant de l’église Saint-Jean, une vierge à l’enfant en bois polychrome du XVIIIème siècle, une petite Vierge noire appartenant à l’église de Présailles, conservée ici par raison de sécurité.

ÉQUIPEMENTS & SERVICES

• Parking autocar,
• Animaux admis,
• Restaurant,
• Sanitaires,
• Audio guide en anglais.

LANGUE(s) PARLÉE(s)

ÉQUIPEMENTS & SERVICES

• Parking autocar,
• Animaux admis,
• Restaurant,
• Sanitaires.


Édifice classé par liste de 1840.

 

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02.03.2018

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